Rencontre avec Arlette, fille de Jules épicier de Saint-Alban-des-Villards
A la mort du grand-père paternel d’Arlette, sa grand-mère a créé l’épicerie. C’était en 1924.
Quand les parents d’Arlette, Jules et Lili, se sont mariés, ils ont tenu le commerce, jusqu’en 1992 (date du décès de Jules).
Par ailleurs, la grand-mère maternelle d’Arlette a aussi tenu une épicerie au hameau du Frêne, jusqu’en 1949.
La clientèle de chez Jules était variée, elle était composée des gens du pays, de touristes, l’été, et des employés qui venaient travailler dans la région (EDF, entreprises de maçonnerie…)
Mais l’épicerie a connu une baisse de fréquentation avec l’apparition des supermarchés dans la vallée.
A l’étal de Chez Jules, on trouvait…
- Des conserves, des fruits et légumes en vrac
- De la petite pharmacie, comme des cataplasmes, ou des apéritifs !
- De la mercerie, de la droguerie, du cirage
- De la charcuterie à la coupe
- Des produits laitiers conservés dans une glacière électrique.
- De la morue sèche, la baccalhau, que Jules conservait dans l’appentis.
- Du vin, au tonneau d’abord, puis dans des bouteilles qui étaient consignées, d’autres boissons (limonade, sodas)
- Des bonbons en vrac. Les bonbons « Mazet », à la noisette ou à la violette... étaient la spécialité de l’épicerie
- On trouvait aussi des malabars, qui venaient peu à peu détrôner les Mazets !
- Du gaz, des cigarettes et du tabac (petit gris)
- Des cartes postales, des souvenirs ...
Chez Jules, c’était aussi Une épicerie toujours ouverte !
Il n’y avait pas d’horaire d’ouverture. L’épicerie accueillait des clients tout le temps, et jusque tard le soir.
Dans les années 50 et 60, quand les vacanciers arrivaient pour l’été, ils faisaient quelques courses « en bas », chez Ondette, la boulangerie-épicerie de Saint-Etienne-de-Cuines. Ensuite, ils se débrouillaient Chez Jules.
On ouvrait un compte et on réglait à la fin du mois.
L’épicerie faisait aussi office de café, avec la licence 3, et de restaurant, notamment pour les pensionnaires hébergés dans les hôtels, ou pour les travailleurs en déplacement. Lili pouvait également cuisiner les repas de mariage.
Elle adorait raconter les histoires. Elle disait : « Asseyez-vous cinq minutes… », et elle racontait …C’était une sacrée conteuse !
Jules a été maire de Saint Alban pendant plusieurs mandats. Il gérait la pompe à incendie, qui se trouve aujourd’hui à la maison du patrimoine.
Comme il possédait une voiture, il conduisait les personnes admises en maison de retraite.
Et, l’hiver, quand il y avait de la neige, il faisait le « tour des vieux », pour voir si tout le monde allait bien.
L’épicerie proposait aussi le téléphone et le télégramme.
Quand ils allaient au restaurant, deux fois par an, les épiciers devaient prévenir le central téléphonique de la Chambre de la fermeture de la cabine à midi.
La cabine téléphonique se trouve toujours devant l’ancienne épicerie, elle a été transformée en abri-livres !
Jules a aussi fait le croque-mort.
Et pourquoi pas une corde à virer le vent ! (Témoignage de Martine Verlhac, habitante de St Alban des Villards)
Une année, alors que nous étions venus pour Pâques (nous avions, mes frères et moi, entre six et huit ans), mon père, qui était un grand plaisantin, nous dit :
- Oh la la, j’ai oublié de vous le demander tout à l’heure, quand vous êtes allés chez Jules, il me faut absolument une corde à virer le vent !
- Qu’est-ce-que c’est, une corde à virer le vent, Papa ?
- Allez chez Jules et demandez-le lui !
Aussitôt dit, aussitôt fait…Jules cherche dans ses étals mais n’en trouve pas et ne semble pas savoir ce que c’est. Il nous renvoie vers notre père pour des explications complémentaires.
- Explique-nous, Papa !
- Comment ça, Jules ne sait pas ? Mais il en a forcément, des cordes à virer le vent !
Nous repartons tous à l’épicerie et là, tout le monde comprend : nous sommes le 1er Avril !


